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Logiciel libre et innovation, un mariage fertile

Le logiciel libre est-il forcément synonyme d’innovation pour l’entreprise ? Peut-on superposer allégrement, comme s’il s’agissait de la même chose, les formules « Open Source » et « Open Innovation » ? Le salon Solutions Linux 2010, qui vient de fermer ses portes après trois jours d’intense activité et une affluence record, a été l’occasion de relancer le débat sur le rapport entre le libre et la capacité de l’édition logicielle à innover.

Vieux débat qui, depuis plusieurs années, oppose, souvent sans nuances et parfois avec une franche hostilité, le monde du libre et celui des éditeurs « propriétaires ». Contre la percée des promoteurs du libre, qui se sont toujours vus du côté de l’innovation, les éditeurs propriétaires (notamment les éditeurs de progiciels de gestion) ont voulu réagir, prétendant que le libre n’invente rien, qu’il se contente de copier (de « plagier », a-t-on dit) le logiciel commercial, que l’Open Source profite des produits propriétaires pour survivre et que si eux-mêmes, éditeurs commerciaux, ne dépensaient pas autant d’argent en R&D, les communautés du libre se trouveraient à cours d’inventivité. Certains sont allés jusqu’à affirmer que les logiciels libres représentaient même une menace pour l’innovation en France, « en dynamitant, à grands coups de partage et de gratuité, le modèle économique de certaines entreprises qui souhaitent tirer profit de leurs inventions ».

Ces arguments sont aujourd’hui relativisés par une étude récente commanditée par l’April (1) dont les résultats ont été révélés au Salon Solutions Linux. Menée auprès de 600 sociétés du monde du logiciel et des services, elle éclaire d’un jour nouveau le rôle que joue l’Open Source dans la stratégie d’innovation des entreprises françaises spécialisées en informatique. La conclusion est sans appel : oui, le libre est porteur d’innovation. 90% des entreprises interrogées affirment appuyer leurs développements sur au moins une technologie libre et 63% d’entre elles utilisent même essentiellement des briques open source. Pour ces entreprises (qui à plus 70% se considèrent comme « innovantes », même si elles ne bénéficient pas toujours d’aides à l’innovation), les technologies Internet constituent les premiers leviers de l’innovation. Or, l’exploitation des technologies Internet passe d’abord par l’outillage du libre (Apache, PHP…). Le choix du libre l’emporte, et souvent de loin, pour l’utilisation des systèmes d’exploitation (GNU/Linux est privilégié par 90% des sondés, loin devant MS/Windows), des langages de programmation (PHP…), des bases de données (MySQL est plébiscité par plus de 70% des sondés), ou encore des environnement de développement (Eclipse en tête).

Dans le domaine des applicatifs de gestion comme l’ERP ou le CRM, il est vrai, l’open source est moins considéré comme contributeur à l’innovation : ainsi seul SugarCRM, plateforme de CRM en open source (E-SHOP: Rapport d’Expertise : Sugar Community Edition, Sugar Professional Edition, Sugar Enterprise Edition) , se détache du lot des logiciels cités pour la gestion de la relation client, devant SAP ou Oracle/Siebel . Quant aux ERP open source, tels ADampiere, Compiere (Rapport d’Expertise : COMPIERE ERP) ou Open ERP, ils ne ressortent pas vraiment dans les réponses. Normal : ce n’est pas sur les fonctionnalités métier que l’open source fait (aujourd’hui du moins) la différence. On regrette toutefois que les organisateurs de l’étude n’aient pas songé à recueillir le sentiment des entreprises sur les outils bureautiques, le décisionnel (avec une solution comme Jaspersoft/Talend, cf. E-SHOP : Rapport d’Expertise : Jasper Business Intelligence Suite), la gestion de contenus (E-SHOP : Analyse de la fonction Gestion de Contenus mid-market et Open Source) la GED et les outils collaboratifs : domaines où l’open source a fait ces derniers mois une percée fulgurante.

Il est clair que l’open source contribue à l’innovation en terme d’outillage de développements high tech. Les éditeurs de progiciels de gestion, même les plus « propriétaires » d’entre eux, l’ont désormais bien compris et n’hésitent pas à partir de briques open source pour bâtir leurs nouvelles solutions. Le libre est une ouverture pour l’édition commerciale. Ce n’est pas un hasard si deux géants du logiciel propriétaire, Oracle et Microsoft, ont marqué leur territoire cette année au salon Solutions Linux 2010 et ont fait sensation, le premier en accueillant, parmi ses partenaires, Zend le créateur du langage PHP, le second en consacrant clairement la base de données MySQL, issue de son rachat de Sun, aux côtés de sa base de données propriétaire.

(1) Etude commanditée par Tarsus, l’organisateur du Salon Solutions Linux et par l’April (Association de promotion et de défense du logiciel libre) et réalisée par l’institut Harris Interactive qui a interrogé en ligne, du 22 février au 1er mars dernier, 600 entreprises. On trouvera cette étude sur le site de l’April

Source : www.cxp.fr

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